
« Velasquez est le plus grand peintre
qu’il y ait jamais eu. »
(Manet, lettre à Baudelaire).
Il croulait sous les commandes, les charges, les honneurs, les pensions. Il était « Pintor de Camara » (« Peintre de la Chambre » = 1er Peintre du roi Philippe IV d’Espagne), puis « Maréchal du Palais » (« Grand Chambellan »), avant d’être anobli en devenant « Hidalgo » (« Fils de quelque chose »).
Velasquez est un maître du portrait psychologique :
- Le roi Philippe IV : faible et indécis.
- L’Infant Baltasar Carlos à cheval : très fier.
- L’Infante Marie-Thérèse, cheveux tressés comme la crinière d’une jument de carrousel, la taille étranglée par le corset, la jupe en cloche, les bras écartés : grandes contraintes infligées à la future reine de France.
- Le Comte-Duc d’Olivares à cheval, Premier Ministre, mécène du peintre, représenté en général de cavalerie au siège de Fontarabie (1638) : plein de suffisance.
- Le poète Gongora : d’une profonde amertume.
- Le nain Don Sebastian de Morra (de la série « Nains et Bouffons »), en manteau de pourpre : une grande tristesse dans les yeux.
- Innocent X, rouge sur rouge, dont le visage trahit la fourberie : « Vero, troppo vero », aurait dit le pape. « L’oeuvre maîtresse de tous les portraits », selon Taine.
Velasquez revisite aussi la tradition mythologique par l’irruption du peuple aux côtés des divinités : Bacchus est entouré d’ivrognes, Apollon de forgerons, Athéna de filandières.
Les ivrognes
- Los Borrachos (« Les Ivrognes ») : Bacchus, assis sur un tonneau, couronne le plus grand pochard de sa suite.
- La Forge de Vulcain : Apollon, blond, et en manteau jaune, vient informer Vulcain des frasques de Vénus avec le dieu Mars. Le mari bafoué est stoppé net dans son travail.
- Les Fileuses : c’est la fable d’Arachné transportée dans un atelier de tapisserie. La nymphe Arachné rivalise avec Athéna dans un concours de tisseuses ; la présomptueuse va être changée en araignée.
Coloriste clair, Velasquez a pour tons favoris le rose pâle, le gris argenté (« le gris Velasqquez »), le bleu transparent des ciels de la sierra de Guadarrama. Et c’est ainsi que dans chaque genre pictural il donne un nouveau chef-d’oeuvre:
- La peinture religieuse : La Crucifixion aux 4 clous.
- La peinture d’histoire : La Reddition de Bréda.
- Le nu féminin : La Vénus au miroir : taille fine et hanche saillante, c’est la femme la plus délicieuse qu’on ait jamais peint, toute en courbes et contre-courbes, allongée comme une odalisque devant le miroir que lui tend son fils Cupidon.
- Enfin, Les Ménines : dans l’atelier de Velasquez, l’infante Margarita, accompagnée de ses demoiselles d’honneur (« las Meninas »), tourne le dos au peintre, qui regarde ses modèles, situés hors champ, mais qu’on voit dans le miroir : le roi et la reine. Si on néglige l’interprétation psychanalytique (le sujet du tableau, dit Lacan, c’est « la fente de l’Infante »), on voit une mise en abîme : Velasquez se représente en train de peindre le tableau que le spectateur a sous les yeux.
En 1660, il est chargé de la décoration pour les cérémonies du mariage de l’infante Marie-Thérèse avec Louis XIV, et il meurt à la tâche. Philippe IV écrit alors sur le document portant le nom de son successeur : « Je suis brisé ».
♥ Rétrospective Velasquez au Grand Palais, jusqu’au 13 juillet.