
L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.
« Education, hôpitaux, poussée de fièvre sociale. » « Appel à la grève mardi dans les collèges puis jeudi aux hôpitaux de Paris. » « Le gouvernement cherche à éviter tout risque de contagion. » Les titres des Echos, ce 18 mai, traduisent une indiscutable inquiétude. Une inquiétude que la spécialiste des questions sociales de ce quotidien tente de tempérer, assurant que toute tentative de « donner une suite à la mobilisation commune contre l’austérité du 9 avril » est vouée à l’échec.
A l’appui de cette affirmation, elle cite un « politologue » : « 1995, 2003, 2010 : au cœur des grands mouvements sociaux de ces vingt dernières années, était toujours posée la question du gouvernement d’après. Aujourd’hui, c’est un frein, car quel peut être le gouvernement d’après ? »
C’est ce qui s’appelle se rassurer à bon compte. De mémoire de militant, les grandes luttes de classe de 1995, 2003 et 2010 n’ont pas été « boostées » par la perspective d’un possible changement pour un « gouvernement d’après » (présidé par Jospin, Ségolène Royal ou Hollande) ! S’il y a bien un résultat de « l’alternance » qui a marqué les trente dernières années, c’est qu’elle a définitivement convaincu les travailleurs qu’il n’y a aucun changement de politique à attendre dans le cadre des institutions de la Ve République et de l’Union européenne — auxquelles ont prêté allégeance tous les dirigeants de tous les partis institutionnels, de droite comme de gauche. D’où l’abstention grandissante d’élection en élection.
C’est pourquoi, précisément, les luttes de classe qui mûrissent contre le gouvernement Hollande-Valls mettent à l’ordre du jour la nécessité de balayer ces institutions (1).
Qu’il s’agisse du retrait du pacte de responsabilité et de la loi Macron, ou du retrait de la réforme de Najat Vallaud-Belkacem et de la loi Touraine, toutes les revendications avancées dans les luttes de classe en cours posent dans leur contenu concret la nécessité de la rupture avec le cadre institutionnel imposé par le capital financier à travers l’Union européenne.
Le mouvement même de la lutte de classe ouvrira la voie à des solutions politiques rompant avec ces institutions. Il ouvrira la voie à un autre gouvernement, à d’autres institutions, par lesquelles la majorité du peuple travailleur imposera une réponse conforme à ses aspirations et à la démocratie.
Ce pourquoi, précisément, s’est constitué le POI.
Voilà pourquoi la sage observatrice des Echos devrait faire preuve de plus de prudence… Ce 19 mai, la grève est massive dans les lycées et les collèges du pays.
(1) A propos de l’Union européenne, citons le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, répondant, dans Le Monde (13 mai), à la critique selon laquelle « les Européens vous reprochent de ne pas aller assez vite, assez loin dans les réformes ». « C’est faux », proteste Iatseniouk, qui argumente : « L’Union européenne a reconnu officiellement (…) que l’ampleur des réformes que nous menons était satisfaisante. Trouvez-moi un seul pays qui a fait autant dans des conditions aussi dures (…). Nous avons renvoyé l’année dernière 10 % des fonctionnaires. Nous allons en renvoyer 20 % cette année. Nous avons gelé les salaires et les retraites. Nous avons multiplié par six les tarifs des services communaux. » Ainsi s’exprime un bon élève de Bruxelles…