Quatre résistants au Panthéon

Panthéon

cultureFrançois Hollande a décidé de faire entrer au Panthéon, le 27 mai, quatre personnalités qui, pendant l’Occupation, n’ont pas plié sous le joug nazi. Un a été massacré (Jean Zay), un a été acculé au suicide (Pierre Brossolette), deux ont été déportées à Ravensbrück (Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle).

ZayJEAN ZAY

En 1936, Léon Blum impose le radical Jean Zay dans son gouvernement, pour faire contrepoids aux socialistes. Ce sera son ministre de l’Education Nationale. La réaction se déchaîne : l’écolier français est « l’esclave du Juif » (Marcel Jouhandeau, Le Péril juif ). Mais par la loi Jean Zay du 9 avril 1936, il porte l’obligation scolaire à 14 ans ; il crée le Musée de l’Homme (1937), etc.

En 1940, hostile à l’armistice, il s’embarque sur le Massilia pour poursuivre la lutte dans le cadre de l’Empire ; il est condamné comme déserteur «juif», à la dégradation militaire et à la déportation à vie : c’est la même peine que pour Dreyfus, bien que n’étant pas plus juif que lui, son père ayant rejeté le judaïsme pour le protestantisme (comme avait fait Dreyfus). Par surcroît, ses ennemis avaient été tétanisés par son poème antimilitariste Le Drapeau qui se termine par ce vers : « Tu es pour moi de la race vile des torche-culs ».

BrossolettePIERRE BROSSOLETTE

Socialiste, il rejoint de Gaulle à Londres (opération Bridge) et lui fait allégeance. Là, dans le journal La Marseillaise, il plaide pour l’union des «familles spirituelles » (Barrès), du PSF du colonel de La Rocque jusqu’au Front National des staliniens :

Il n’y a plus que deux classes sociales : les « gaullistes » et les « traîtres »… Il faut «une collaboration étroite et amicale de ce qu’il y avait de meilleur à gauche et de meilleur à droite (…) quelques fanatiques attardés des luttes passées (…) essaient (…) de dresser les familles sociales (…) les unes contre les autres au nom (…) [du] classe contre classe » (27 septembre 1942)… « Le peuple de France (…) s’est tout entier donné » à de Gaulle (6 décembre 1942).

Parachuté en France, il accomplit la mission que de Gaulle lui a confiée (opération Brumaire) : la fusion des mouvements de Résistance de la zone Nord, qui sont placés sous la tutelle du général, comme fait Jean Moulin en zone Sud.

 
 

GERMAINE TILLION

Ethnologue, spécialiste des Berbères de l’Aurès, elle entre en 1940 dans le réseau du Musée de l’Homme. Elle est arrêtée sur dénonciation d’un prêtre, agent de l’Abwehr : Robert Alesch, fusillé en 1949.

Pendant la guerre d’Algérie, elle rencontre Yacef Saadi (FLN) dans la Casbah d’Alger. Elle le traite d’assassin, sans se désolidariser des tortionnaires français : jugement communautariste. Avec Germaine Tillion, l’Algérie française entre au Panthéon (Sarkozy a voulu en vain y faire entrer Albert Camus). A la fin de sa vie, elle dénoncera encore : «(…) ce que les algériens n’ont pas fait avec les français : les aider à vivre (…) » (interview à Télérama, 21 avril 2008). 1 500 000 morts passent à la trappe.

Genevieve De GaulleGENEVIEVE DE GAULLE

Cette nièce du général adhère à la Résistance en 1940. Arrêtée par Pierre Bonny, de la Gestapo française, elle est envoyée en Allemagne où elle sera libérée par l’Armée Rouge. Puis elle est une figure du RPF, organisation fascisante fondée par son oncle. De 1964 à 1998, elle préside le mouvement de charité ATD (Aide à Toute Détresse)-Quart Monde, créé par le prêtre Joseph Wresinski.

Telles sont ces « grandes figures qui évoquent l’esprit de Résistance » (F. Hollande).

Cet esprit de Résistance est d’une incontestable actualité et il a aujourd’hui un nouveau point d’application : c’est la Résistance à la politique de François Hollande.

« Quatre vies en Résistance », exposition au Panthéon, jusqu’au 10 janvier 2016.

Catégories: CULTURE, France, L'email du dimanche

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