
« Le Cinématographe
est une invention sans avenir »
(Louis Lumière).
Auguste et Louis Lumière sont des industriels qui ont fait fortune dans le matériel photographique, et qui méprisent le peuple. Patrons impitoyables, ils surexploitent leurs ouvrières, qui manient les produits chimiques et les plaques de verre coupantes sans protection.
Louis sera un des ornements du Comité National de Pétain et un membre de la LVF, comme son frère. Tous deux sont décorés de la Francisque gallique.
Voilà pour le côté noir, passons au côté lumineux.
En 1888, Thomas Edison fabrique la première caméra (« kinétographe »), et, trois ans plus tard, le premier projecteur (« kinétoscope »). Le 20 mai 1891, il réalise son premier « film » (mot qu’il invente)… mais réservé à la vision individuelle.
Le 28 octobre 1892, Emile Reynaud organise la première projection publique sur grand écran… mais d’un dessin animé.
Louis Lumière emprunte à Edison l’idée de la photo animée puis parvient à faire sortir les images de leur boîte pour les projeter sur un écran. En 1894, la caméra-projecteur est au point. Le 13 février 1895, les deux frères en déposent le brevet (n° 245 032). Le 19 mars, c’est le premier tour de manivelle du « petit moulin » pour La Sortie des usines Lumière à Lyon. Le premier film de l’Histoire montre que les premiers personnages de cinéma ont été des ouvrières : « Ce fut le temps des Lumière » (Henri Langlois).
Le 4 avril, la nouvelle invention est baptisée « cinématographe » (« écriture du mouvement ») : « écriture moderne dont l’encre est la Lumière » (Jean Cocteau).
Enfin, le 28 décembre 1895, 14 boulevard des Capucines, au sous-sol du Grand Café (aujourd’hui Hôtel Scribe), dans le Salon indien, 33 spectateurs (dont Georges Méliès) assistent à la première séance publique et tarifée. C’est la première exploitation commerciale et, pour la première fois, un film est visible par toute une assemblée : les Lumière inventent le cinéma public. On projette sur grand écran 10 films d’une minute et comportant un seul plan, notamment: L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat, Le Repas de bébé, L’Arroseur arrosé. Celui-ci est le premier film intégrant la fiction, dans lequel les Lumière font jouer leurs employés : M. Clerc, leur jardinier, et Duval, leur apprenti.
Il y aura un « 7e Art » (le critique Ricciotto Canudo), et qui supplantera tous les autres :
« De tous les arts, le plus important pour nous, c’est le cinéma » (Lénine, entretien avec Lounatcharski).
♥« Lumière ! Le cinéma inventé », exposition au Grand-Palais, pour ses 120 ans, jusqu’au 14 juin.