
« Les Noirs
du Sud des Etats-Unis
ont été élevés
dans du coton »
(Jacques Prévert).
Il convient d’honorer Malcolm X, cette grande figure du mouvement révolutionnaire américain, pour le 50e anniversaire de sa mort. Le 21 février 1965, Malcolm, musulman noir et orateur charismatique, tenait un meeting au ballroom Audubon de Harlem, où il a été victime d’un assassinat en règle. Edgar Hoover, directeur du FBI, avait, ce jour-là, opportunément levé la protection policière dont il bénéficiait, et un tueur a pu l’abattre à loisir. Malcolm a aujourd’hui, dans ce quartier de New York, un boulevard à son nom.
Il était né Malcolm Little, mais il s’est débarrassé de son patronyme, qui, d’une part était son nom d’esclave, et d’autre part était ridicule vue la stature de ce géant de la lutte des classes (1m.92). La lettre X, c’est l’inconnue : il ne connaissait pas son nom africain d’origine.
Son parcours : cireur de chaussures à New York, incarcération, puis adhésion à une organisation nationaliste noire, «The Nation of Islam » ou « Black Muslims », qui a pour leader Elijah Muhammad.
N’étant pas accommodant comme Martin Luther King, il ne participe pas à la Marche sur Washington (28 août 1963), organisée par Kennedy, alors que le rassemblement au grand jour de tous les Noirs d’Amérique dans la capitale blanche avait une énorme charge révolutionnaire, quel que soit le contexte.
Lors de l’attentat de Dallas, il compare le Président à une poule qui revient toujours picorer : si vous la lâchez dans la nature, elle retrouvera bien la basse-cour. Ainsi, Kennedy a déchaîné la violence contre les Noirs, et cette violence s’est retournée contre lui : il a récolté ce qu’il a semé. Scandale. Il est exclu de « Nation of Islam » par E. Muhammad. Malcolm n’en est pas fâché : il ne supportait plus la corruption ni le racisme anti-Blancs de son leader.
Partisan du Black Power, il défie le gouvernement, il est pour la violence révolutionnaire des masses (violence défensive), mais il ne va pas jusqu’à envisager une alliance avec la classe ouvrière blanche, même dans des organisations séparées.
En juillet 1964, quelques jours après la signature par le président Johnson de la loi fédérale interdisant toute discrimination raciale, des émeutes éclatent à Harlem, où un policier, qui a tué un jeune Noir, a été relaxé. Aux envoyés de Martin Luther King qui leur demandent de rentrer chez eux, les manifestants scandent : « We want Malcolm X ! » (on veut Malcolm).
Celui-ci refuse tout compromis, il ne dialogue pas, il incarne l’identité noire, la résistance, le feu :
«The Fire Next Time ! » [la prochaine fois, le feu] (James Baldwin).