Marcel Pagnol et la comédie provençale

Pagnol

culture« La vie est comme un autobus :
quand tu te retournes,
tu t’aperçois que beaucoup de voyageurs sont descendus »
(Marcel Pagnol).

Et lui-même est descendu de l’autobus le 18 avril 1974. Si, dans la version américaine de Fanny, Panisse meurt en chantant La Marseillaise (parce qu’il est marseillais), Pagnol, lui, s’est éteint doucement à 79 ans.

Il avait commencé par la critique sociale, contre les politiciens : les profiteurs de la guerre de 1914 des Marchands de gloire (1925), et surtout les affairistes corrompus de Topaze (1928), qui lui apportent la célébrité.

Puis il s’est lançé dans une illustration de la morale des bedeaux et des chaisières : il souligne le « déshonneur » de la « fille-mère » (Fanny) et de la prostituée (Angèle), il célèbre la rédemption de la femme adultère, comparée cependant à une chatte en chaleurs (La Femme du Boulanger).

Toujours la femme se sacrifie : c’est son rôle traditionnel. Dans La Fille du Puisatier (autre pécheresse), on nous glisse incidemment le discours de capitulation du maréchal Pétain, qui est écouté pieusement par toute une famille. Dans Merlusse, un pion d’internat a parmi ses élèves un jeune indochinois qui est aimablement appelé : « Macaque ».

Mais l’image que Pagnol va laisser sera bien éloignée de ces dérapages : ce sera celle d’un auteur au style enjoué et lyrique, avec un mélange d’humour et de tendresse, doué d’une grande verve comique : la dictée des « moutonss », Escartefigue capitaine du « ferriboîte », les quatre tiers du picon-citron-curaçao de César, la partie de pétanque qui immobilise le tramway, les « radicots » de l’Oncle Jules, etc.

Après la trilogie marseillaise, pittoresque, débonnaire et mélodramatique, la trilogie de l’Enfance est un monument de la piété filiale élevé à Joseph Pagnol, instituteur laïque et anticlérical, déjà célébré dans le premier acte de Topaze. Elle s’ouvre sur La Gloire de mon père et sur la naissance de l’auteur en 1895, en même temps que le cinématographe. Son plus lointain ancêtre, arrivé d’Espagne, s’était installé en 1500 à Valréas, où on l’avait appelé : « Lespagnol ». Le triptyque se referme de façon poignante sur la mort du compagnon de Marcel, Lili des Bellons, qui connaissait toutes les herbes de Provence, et qui est tué en 1918, à la seconde bataille de la Marne : « Il est tombé sur des touffes de plantes froides dont il ne savait pas le nom… ». Ici, il atteint le sommet de son art.

Où est Marcel Pagnol ?
« Au cimetière.
- Et qu’est-ce qu’il est allé faire là-bas ? »
(Jean de Florette).

2015 : Année Pagnol, pour ses 120 ans.

Catégories: CULTURE, L'email du dimanche

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