Yachar Kemal écrivain, kurde et socialiste

Memed vignette

« La prison
est l’école
des écrivains turcs »
(Yachar Kemal)

 
 
 
 

Le plus grand des écrivains turcs vient de mourir, le 28 février, à Istamboul.

Son nom a éclaté en 1955, quand il a publié son premier roman : Mèmed le mince. Mèmed est un jeune paysan affamé qui lutte les armes à la main contre un aga, un tyran féodal, qui veut l’empêcher d’épouser celle qu’il aime. Il s’enfuit avec elle et ils vont se cacher dans les montagnes du Taurus. Dès lors, le laboureur devient bandit, justicier aux galoches rouges et à la moustache en croc, qui redistribue les terres aux paysans. C’est le Robin des bois ou le Till Eulenspiegel kurde. Héros de la justice et de la liberté, il tuera l’aga qui s’est lancé à sa poursuite. Roman populaire, roman social, roman du révolté, il est le premier d’une tétralogie devenue classique.

Yachar Kemal est né près d’Adana, dans le Kurdistan turc (au sud-est de l’Anatolie), qu’il décrira dans ses romans. Ses parents sont des paysans pauvres, et, pour comble de malheur, à 4 ans, il perd un œil accidentellement. Devenu borgne, il écrira au crayon, en grosses lettres, sur de grandes feuilles blanches.

Après de nombreux petits boulots, il est ouvrier agricole, et les ennuis continuent : en 1950, il est condamné à un an de prison pour « propagande communiste » (il a créé un syndicat de tractoristes). Il aura une vingtaine de procès, notamment en 1996, pour avoir dénoncé la répression contre les Kurdes. Entre-temps, en 1951, il s’est enfui à Istamboul, et là, Sadik Gökçeli a pris le pseudonyme turc de Yachar Kemal (« Yachar le Survivant »), sous lequel il est entré au Comité Central du T.I.P. (Türkïye Ichçi Partisi), le PC turc clandestin.

Memed1

Monument figurant le personnage Ince Memed, élevé dans le village natal de Yasar Kemal (Hemite, aujourd’hui Gökçedam). photo : Klaus Peter Simon (Wiki commons)

En 1972, il est nominé au Prix Nobel de Littérature (décerné à Heinrich Böll).

Dans Et l’Euphrate charriait le sang, roman sur la première guerre mondiale, Kemal montre comment la modernité est née dans le sang. Mais son œuvre évoque surtout la société kemaliste, née elle aussi dans le sang, quand Mustapha Kemal a écrasé le mouvement ouvrier turc. Il est le romancier de la transformation de la Turquie agraire, avec le problème de la terre, en Turquie industrielle, avec ses révoltes prolétariennes : les agas sont devenus des patrons.

En dépit de quelques moments d’égarement (il s’est prononcé pour l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne), Yachar Kemal n’a cessé d’être un défenseur des petits, des obscurs, des sans-grade contre les oppresseurs :

« Chez moi, le pain quotidien est dans la gueule du lion » [dans la gueule du
patron] (Nazim Hikmet, poète turc, ami de Yachar Kemal)

Catégories: CULTURE, L'email du dimanche

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