
L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.
Cette petite musique grandit de jour en jour, pour devenir sans doute, dimanche 22 mars au soir, un refrain entonné en chœur par tous les commentateurs : haro sur l’abstentionniste, responsable de la défaite de « la gauche » et de la progression du Front national. On mettra en cause son manque de civisme. On ne manquera pas de rappeler que le suffrage universel est une grande conquête de la démocratie.
Certes. Mais qui fabrique l’abstention, sinon ce gouvernement dont la politique, dans tous les domaines, frappe les ouvriers, les jeunes, les chômeurs, les retraités, les mères de famille, les paysans ? Qui est responsable de l’abstention, sinon ceux qui appliquent sans rechigner, depuis trente ans, dans l’alternance des gouvernements de gauche et de droite, les mesures dictées par l’Union européenne en application des traités qu’ils ont eux-mêmes ratifiés ?
En cette veille d’élection, le journal Les Echos résume en une formule la décision de la Banque centrale européenne (BCE) d’injecter 80 milliards d’euros chaque mois sur les marchés : « L’argent facile enflamme les marchés européens. » Tandis que la BCE nourrit la spéculation et engraisse les profits capitalistes, le nombre de chômeurs dépasse la barre des 5 millions, les SDF se comptent par centaines de milliers, et partout, les conquêtes de la démocratie, les services publics, les droits ouvriers sont remis en cause.
Secrétaire national du Parti communiste français, Pierre Laurent mène campagne contre l’abstention : « La participation est le premier défi à relever » (1). Comment compte-t-il s’y prendre ? Acte I, critiquer (modérément) le gouvernement : « C’est l’obstination à refuser la moindre inflexion de la politique Valls-Macron qui pénalise les candidats socialistes. » Acte II, annoncer que le vote Front de gauche au premier tour est un « point d’appui pour faire face à la droite et à l’extrême droite au second tour », donc… pour le vote PS ! Acte III, face à la menace du Front national, Laurent se prononce, de fait, pour un possible vote… UMP (2). Qui peut croire que ces arguments puissent convaincre celui qui subit depuis plus de trente ans la politique des gouvernements successifs au service de la classe capitaliste ?
Dernière remarque : Pierre Laurent en appelle à des convergences de tous ordres, y compris entre la coalition électorale qu’il veut constituer autour du Front de gauche et « la mobilisation intersyndicale et interprofessionnelle du 9 avril ».
De grâce, Pierre Laurent, ne mélangez pas tout ! Poursuivez, si vous le jugez utile, votre recherche de combinaisons électorales. Mais laissez les organisations syndicales qui ont pris l’initiative du 9 avril et les travailleurs qui, à tous les niveaux, s’emparent de cette perspective, agir par eux-mêmes.
Le 9 avril est clairement appelé sur les mots d’ordre de retrait du pacte de responsabilité et de la loi Macron. Il n’est appelé ni pour « infléchir » ces dispositifs ni pour voter pour le Parti socialiste ou l’UMP. Le 9 avril est appelé sur un terrain de classe, contre le gouvernement. Ce qui lui donne toute son importance : seule la lutte de classe unie des travailleurs avec leurs organisations est à même d’ouvrir la voie à une rupture effective avec l’Union européenne et le capital financier. Plus que jamais : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ».
(1) Cette citation, comme les suivantes, est extraite de L’Humanité (16 mars).
(2) « Chaque fois que le danger existera (de l’élection d’un candidat FN — NDR), nous ferons barrage. »