
« Antigone est la première
dans l’Histoire à avoir osé
dire : NON » (André Brink)
En 1960, le jeune étudiant sud-africain André Brink, qui nous a quitté le 6 février 2015, découvre, à la Sorbonne … qu’il existe des Noirs. Il avait vécu jusque-là dans son pays natal, ne fréquentant que des Blancs, au sein d’une famille de farouches partisans de l’apartheid. C’est alors qu’il ose dire : NON, et qu’il rompt avec le régime raciste. Puis il rejoint les « Sestigers » (« Ceux des années 60 »), un groupe d’écrivains compatriotes hostiles à la ségrégation : Alan Paton, Breyten Breytenbach, Nadine Gordimer, John Coetzee.
Il engage le combat par le roman : en 1973, il publie Au plus noir de la nuit, qui relate les amours réciproques entre une Blanche et un acteur noir, lequel est torturé, puis condamné à mort, sous l’accusation du meurtre … de celle qu’il aime.
En 1979, Une Saison blanche et sèche est structuré autour d’une triple enquête, dans le cadre du massacre de Soweto (1976). Un jardinier noir enquête sur la disparition de son fils, qui est allé manifester. Le jeune homme mourra en prison. Puis le père disparaît à son tour : trop curieux. Il mourra sous la torture. Un professeur blanc, jusque-là partisan du gouvernement, reprend l’enquête du jardinier de son école, et l’étend aux deux morts : il est écrasé par une voiture. Un 3e enquêteur prend le relais : un journaliste, ami de l’enseignant, dont on nous laisse entendre que sa dernière heure a sonné.
Avec Un acte de terreur (1991), Brink réécrit Les Justes d’Albert Camus, son auteur préféré. C’est une condamnation du terrorisme : la bombe jetée sur un chef d’Etat épargne sa cible, et tue des innocents. Un turbulent silence évoque une révolte d’esclaves de 1824. Dans Au-delà du silence, voilà que les femmes s’en mêlent : elles se révoltent à leur tour, et font entendre leur voix, au-delà du silence imposé par l’oppression.
En 2007, il publie ses mémoires d’Afrikaner, sous le titre de Mes Bifurcations : il revendique ses liens avec Nelson Mandela et la bourgeoisie noire. Il critique le gouvernement tripartite, et notamment les dirigeants de l’ANC, incapables et corrompus, le tout dans un mélange de déception et de résignation.
Malgré certaines positions ambiguës (en 1999, il dénonce le racisme anti-blanc des jeunes Noirs), André Brink est néanmoins resté fidèle au combat de sa vie contre les préjugés ancestraux entretenus par le colonialisme, selon lesquels « les Noirs sont des porteurs d’eau et des coupeurs de bois » (Hendrik Verwoerd, ministre afrikaner « aux affaires indigènes », créateur de l’apartheid) ou bien « les races supérieures ont le devoir de civiliser les races inférieures » (Jules Ferry, Président du conseil, organisateur de l’expansion coloniale française).