« Où se trouve la place de l’Etoile ? » Patrick Modiano le 15e Prix Nobel

Modiano

cultureA Paris, en 1942, un officier allemand de l’armée d’occupation désire voir l’Arc de Triomphe. Il interpelle un jeune juif qui déambule : « Où se trouve la Place de l’Etoile ? » Le garçon pose sa main sur sa poitrine et répond : « La place de l’étoile, elle est là » (La Place de l’Etoile).

Dans La Ronde de nuit, le « héros », fils de Stavisky, a été veilleur de nuit et faisait des rondes. Puis il est entré par hasard dans la Gestapo française (on a ici la 1re mouture de Lacombe Lucien) et il a continué à faire ses rondes de nuit, en visitant et pillant les appartements juifs. Il est chargé d’infiltrer un réseau de Résistants…qui lui demandent d’espionner les gestapistes : le voilà agent doublement double.

Dans La Rue des Boutiques obscures, le narrateur est un amnésique qui est devenu détective pour retrouver son identité. Il ne rassemblera que des traces : l’une d’elles le mènera à Rome, rue des Boutiques obscures, où il a disparu en 1940 (avant sa naissance…).

C’est un roman des traces, genre que Modiano semble avoir créé, et dont le chef-d’oeuvre est Dora Bruder. Cette jeune juive de 15 ans s’est enfuie de son pensionnat religieux (situé à l’emplacement du couvent où se réfugient Jean Valjean et Cosette) et on la recherche pour la faire disparaître : elle sera déportée à Auschwitz, laissant des bribes de son passé, des traces interrompues.

Modiano est un nouveau Proust, mais lui ne retrouve pas le temps perdu, qui a sombré dans la seconde guerre mondiale. L’homme qui ne finit pas ses phrases laisse son lecteur terminer ses romans et résoudre ses énigmes.

Il a des thèmes récurrents : le conflit des générations ; le monde flottant : dates, lieux, identités, âges sont incertains ; Modiano est « l’homme qui hésite aux carrefours » ; le sentiment d’insécurité : « Je vivais avec des projets de fuite » ; la volonté de remonter le cours du Temps (mythe d’Orphée) par un nomadisme dans les rues de Paris, où des personnages, des silhouettes se perdent, se ratent ; la réalité, la vérité insaisissables : « Je ne sais pas ce que je sais » ; « Ce n’est pas l’avenir qui compte, c’est le passé » : une femme se suicide par peur de vieillir ; on traverse des identités, en ayant à chaque fois une nouvelle vie…

Patrick Modiano, homme discret, timide, effacé, a été honoré à Stockholm, sous les sunlights du Prix Nobel, comme un hibou en plein soleil…

Photo: Frankie Fouganthin - Wikipedia

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Catégories: CULTURE, France, L'email du dimanche

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