
L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.
Présentant ses vœux aux « acteurs sociaux » ce 19 janvier, François Hollande a déclaré : « Le peuple français a su répondre à l’agression dont il était la cible par une mobilisation républicaine sans précédent (…). Je sais que vous veillerez dans les décisions que vous aurez à prendre (…) à être vous aussi à la hauteur de ce qui s’est produit dans notre pays. » Ainsi le président de la République exige-t-il des syndicats ouvriers qu’ils concluent les « négociations » sur le pacte de responsabilité, afin de permettre aux patrons d’empocher les 41 milliards d’euros promis par le gouvernement.
Détournant la légitime indignation provoquée par les attentats de l’autre semaine, le gouvernement voudrait contraindre les syndicats à renoncer à défendre les intérêts ouvriers. Ainsi l’union sacrée débouche-t-elle sur la tentative d’imposer un cadre corporatiste enchaînant les organisations ouvrières à la classe capitaliste et au gouvernement.
A quoi s’ajoute et se combine le communautarisme.
Applaudi par une Assemblée nationale unanime le 13 janvier, Valls a osé déclarer : « Je ne veux plus que dans notre pays il y ait des juifs qui puissent avoir peur. Et je ne veux pas qu’il y ait des musulmans qui aient honte. » Des propos qui, dans la bouche d’un Premier ministre, font frémir.
Car la République n’a pas à se préoccuper de religion, qui est affaire privée. La République ne connaît que des citoyens égaux en droits. Établir une distinction entre les tenants d’une certaine religion fondés à avoir peur, et les tenants d’une autre religion susceptibles d’avoir honte, c’est encourager la fragmentation de la République en communautés. C’est nourrir la stigmatisation d’un secteur de la classe ouvrière et de la jeunesse, celui issu de l’immigration. C’est, quelles que soient les intentions, favoriser les amalgames et les confrontations.
Communautarisme, corporatisme, union sacrée : ce triptyque est contraire à la démocratie. Celle-ci repose en effet sur la reconnaissance qu’il existe dans la société des intérêts contradictoires et que chaque classe sociale - en particulier celle qui est exploitée - a le droit imprescriptible de s’organiser pour défendre ses intérêts particuliers. C’est pourquoi l’indépendance des organisations syndicales est un pilier de la démocratie, comme l’a rappelé, à juste titre, la conférence pour l’unité et la résistance qui s’est tenue le 17 janvier.
C’est pourquoi, sur un autre plan, le Parti ouvrier indépendant s’est constitué comme parti de lutte de classe, agissant pour l’indépendance du mouvement ouvrier et pour la rupture avec l’Union européenne, le FMI et toutes les institutions de la classe capitaliste et leurs diktats. C’est pourquoi il a pris pour devise : pour la République, la démocratie et le socialisme.
Il reste que, ce 19 janvier, Hollande a dû annoncer qu’il renonçait à la tenue des grandes conférences sociales. Et cela – la presse l’a souligné - en relation même avec le fait qu’en juillet dernier, CGT et CGT-Force ouvrière ont refusé d’y participer.
Et ce même 19 janvier, les chauffeurs routiers, répondant à l’appel de leurs organisations syndicales, bloquaient les grands axes d’accès à Paris, pour arracher le dégel de leurs salaires de misère, bloqués depuis cinq ans (1). Huit jours après la manifestation du 11 janvier, le voile de l’union sacrée tend à se déchirer. Que cela plaise ou non, la lutte de classe reprendra ses droits.
(1) On lira dans cette page l’appel des unions régionales syndicales d’Ile-de-France à une « manifestation régionale unitaire », le 26 janvier, contre le projet de loi Macron et le pacte de responsabilité