
L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Lucien Gauthier,
Rédacteur en chef d’Informations Ouvrières.
La rédaction d’Informations ouvrières a, comme toutes les rédactions, appris avec émotion le carnage sanglant perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo lors de la réunion de son comité de rédaction, le 7 janvier dernier.
La rédaction d’Informations ouvrières présente ses sincères condoléances aux familles et aux amis des victimes.
Informations ouvrières est non seulement attaché à la liberté d’expression et à la liberté de la presse, mais également à l’ensemble des libertés démocratiques. Notre journal condamne avec vigueur ces assassinats, dirigés contre la démocratie et la population laborieuse de ce pays.
Les caricatures et prises de position publiées dans Charlie Hebdo, qu’on les partage ou non, relèvent en effet du droit à la liberté d’expression. Nul ne peut utiliser ces morts tragiques à d’autres fins que la défense des libertés.
Il n’est pas difficile d’imaginer la réaction de Wolinski, de Cabu et de tous leurs camarades de Charlie Hebdo, devant le faste des pompes et de tout le cérémonial institutionnel déployés depuis leur disparition. On lira à ce sujet, dans cette page, les réactions de Luz et Willem, qui ont réchappé de l’attentat et s’offusquent de voir ceux que Charlie Hebdo n’a cessé de brocarder — institutions, Eglises, classe politique et corps constitués —, proclamer aujourd’hui « Je suis Charlie » !
Rappelons les protestations virulentes, les plaintes et procédures judiciaires lancées à l’encontre de Charlie Hebdo, par ceux-là mêmes qui l’encensent aujourd’hui.
De même, on ne peut que s’inquiéter — ainsi que plusieurs juristes et journalistes l’ont relevé — de l’utilisation de la légitime émotion qui traverse le pays pour multiplier les annonces, au nom de la « lutte contre le terrorisme », sur la prétendue nécessité de restreindre certaines libertés démocratiques, rappelant le Patriot Act de sinistre mémoire instauré aux Etats-Unis après le 11 septembre 2001.
Rien ne peut justifier d’ajouter encore de nouvelles mesures liberticides à toutes celles déjà prises.
Depuis plusieurs années, des journalistes ont été illégalement espionnés par les services de l’Etat, comme ce fut le cas pour deux journalistes du Monde, et la pression continue pour remettre en cause le droit des journalistes au secret de leurs sources.
Il s’agit là de mesures opposées à la liberté de la presse, à la liberté d’expression, aux libertés démocratiques et à la démocratie elle-même.
« L’union sacrée » est proclamée aujourd’hui, par la classe politique, les patrons, certains dirigeants syndicaux, les Eglises, les institutions et les chefs de guerre rassemblés, auxquels on voudrait soumettre la population laborieuse de ce pays ; elle est plus proche du totalitarisme que de l’idée même de démocratie, fondée sur le fait que chacun puisse librement s’exprimer et lutter pour la défense de ses droits et revendications, et donc sur l’indépendance du mouvement ouvrier.
Pour rendre hommage aux victimes de ce carnage sanglant, nous publions dans Informations ouvrières plusieurs dessins d’Honoré, tué ce 7 janvier avec ses amis ; des dessins qu’il avait fournis dans les années 1980 à notre journal, dont il était toujours un lecteur. Nous rendons ainsi hommage, non seulement à la mémoire d’Honoré, mais également à celle de tous ses collègues et amis de Charlie Hebdo. Les dessins d’Honoré en disent plus long que tous les prétendus « hommages » dont on nous abreuve.