
« Toute ma beauté noyée dans tes yeux sans prunelles…
Tout ceci fait de moi une étrange demoiselle » (Cris).
Cette poétesse anglo-égyptienne, mais francophone, a été la plus belle figure féminine du mouvement surréaliste. André Breton l’appelle « la tubéreuse enfant », et il ajoute qu’aucune femme « n’a jamais été si loin dans l’esprit de perdition ». C’est chez elle qu’eut lieu, en 1959, dans le cadre de l’exposition Eros, un hommage au grand précurseur : Exécution du Testament du Marquis de Sade.
Joyce Adès a eu un père directeur d’une filature de coton au Caire, et un mari homme d’affaires, Samir Mansour, qui mourra d’ « atrophie financière ». Toute la tribu sera chassée d’Egypte par Nasser, en 1956.

Portrait de Joyce Mansour © DR
Mais d’abord, en 1949, Joyce est entrée dans le groupe Art et Liberté, fondé au Caire par le surréaliste égyptien Georges Henein. Installée à Paris 7 ans plus tard, elle y rencontre André Breton.
Elle est juive, elle a un prénom androgyne et elle est bi-sexuelle, elle fume le cigare (« mon onzième doigt »), et surtout elle hait le stalinisme : en 1968, au Congrès des intellectuels de La Havane, elle donne un coup de pied au cul à David Siqueiros (peintre muraliste mexicain, organisateur d’un attentat contre le fondateur de la 4e internationale), en criant : « Pour Trotsky ! »
Florilège :
« Notre-Dame entrebâille ses savantes cuisses gothiques plus puissantes et plus fières
Qu’échafauds et belladones »
« Les années se suivirent à pas de loup sans laisser de trace dans les champs de neige »
« Il s’occupa uniquement de la connaissance de son corps à l’aide d’un microscope et d’une équerre »
« Il apprit le mode digestion des volcans »
« La Mort acheta un billet de loterie en son nom »
« Donnez-moi un grain de poussière
J’en ferai une montagne de haine »
« Les hommes mangeaient leurs yeux brouillés
C’était la guerre »
« Je prête mes échancrures aux morsures »
« Etre invisible et aimée de vous »
♥ « Joyce Mansour, poétesse et collectionneuse », Musée du Quai Branly, jusqu’au 1er février.