Alexandre Grothendieck mathématicien antimilitariste

Alexander Grothendieck

culture«L’hyperbole fuit
et l’asymptote cherche» (Victor Hugo).

Un génie vient de mourir.

Alexandre Grothendieck est décédé le 13 novembre 2014, à Lasserre (Couserans, Pyrénées ariégeoises), où il vivait reclus depuis 1991, brouillé avec le monde entier. L’origine de sa misanthropie, c’est que son père, juif, a été livré aux nazis par les hommes de Vichy: il mourra à Auschwitz. Face à cette trahison, Grothendieck, refusera toujours la nationalité française.

Né à Berlin, à 11 ans il fuit l’Allemagne hitlérienne et se réfugie en France. Là, il découvre les mathématiques en autodidacte: «Les livres, on ne les lit pas, on les écrit !»

En 1948, ses directeurs de thèse, Laurent Schwartz et Jean Dieudonné, lui soumettent les quatorze problèmes sur lesquels ils butent: ils lui demandent d’en choisir un et de le résoudre dans les années suivantes. Au bout de six mois, Grothendieck en avait résolu la moitié.

Il a révolutionné la géométrie algébrique, il a créé le concept de «schéma» (l’échafaudage qui permet de construire la maison). A chaque étape, il remplace le «comment» par le «pourquoi», le calcul par le concept.

En 1966, il reçoit la Médaille Fields (hashtag Prix Nobel de Mathématiques), qui lui est décerné par un congrès de mathématiciens réuni à Moscou. Il refuse d’aller la chercher, parce qu’il est pour Siniavski et Daniel, et contre l’antisémitisme stalinien. Il offrira sa médaille au peuple vietnamien, alors sous les bombes américaines.

Il est enthousiasmé par la grève générale de mai 1968, mais il est traité de «mandarin» par les enragés de l’université d’Orsay, et dès lors sa vie bascule. Il fonde Survivre et vivre, une revue écologique, pacifiste, antimilitariste, «hippie». Un de ses numéros est orné d’une caricature montrant des ouvriers qui réclament «des sous»… avec des masques à gaz, dans la pollution.

En 1972, il est chassé du Collège de France pour avoir intitulé son cours: Faut-il continuer la recherche scientifique ? vu qu’elle est contrôlée par l’armée.

Dans sa période érémitique, on le voyait marcher pieds nus dans ses sandales, en plein hiver. Il s’était tourné vers dieu, qu’il appelait «le Rêveur», et il déclarait qu’il faut découvrir «le Plan de dieu» (ou de la Nature), au lieu de produire des théorèmes. Gardons plutôt le souvenir de «l’un des grands mathématiciens de l’Histoire» (le mathématicien Laurent Lafforgue).

Photo d’Alexander Grothendieck en 1970,
Copyright: MFO

Catégories: CULTURE, L'email du dimanche

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