« Du rouge au vert tout le jaune se meurt…
… La fenêtre s’ouvre comme une orange »
(Guillaume Apollinaire, Les Fenêtres).
Ce poème, dédié à Robert Delaunay, est l’évocation d’une toile éponyme, dont Apollinaire a observé la gestation, puisqu’il est venu vivre dans l’atelier du peintre. On y voit ce qui se reflète dans les vitres quand on ouvre (la Tour Eiffel) et quand on referme (la pièce) la fenêtre. Cette œuvre de Delaunay marque le début de sa période orphique, mouvement dont Apollinaire a été le fondateur et le théoricien :

Champ de Mars - la Tour rouge (1911-1923), Robert Delaunay (Art Institute, Chicago)
« Il y a dans la peinture moderne de nouvelles tendances. Les plus importantes sont le cubisme de Picasso et l’orphisme de Delaunay ».
Et il assimile la peinture à la musique, au chant d’Orphée : c’est un « lyrisme plastique ».
Ainsi sa Tour Eiffel rouge est suspendue en l’air et danse sur la ville.
L’Equipe de Cardiff montre des rugbymen devant des symboles de la modernité urbaine : une Grande Roue, la Tour Eiffel, un panneau publicitaire « Astra » (fabricant d’aéroplanes).
Puis il donne Hommage à Blériot : Delaunay, qui a assisté à la traversée de la Manche, en fournit une vision « orphique », en dispersant hélice, moteur et carlingue.
Dans sa période abstraite, il produira les Formes circulaires : des rotations de cercles colorés, des disques solaires pris dans une dynamique giratoire, des enchevêtrements sinusoïdaux.

Autoportrait de Robert Delaunay (1906) musée national d’art moderne, Paris
Toujours dans l’abstraction géométrique, il donnera : Disques-Esquisses ; le peintre regarde fixement le soleil, puis restitue les effets lumineux, les couleurs chaudes, imprimés sur sa rétine, et qui éclatent sur sa toile.
Lors de l’Exposition internationale de 1937, on lui commande les peintures monumentales des Pavillons de l’Air et du Chemin de fer. Il est toujours le peintre de la vie moderne : le mouvement des hélices et le halo des lampes électriques.
« Le tableau est une fenêtre ouverte sur le monde » (Leone-Battista Alberti).
♥ « Robert Delaunay, Rythmes sans fin », au Centre Pompidou, jusqu’au 12 janvier.