
A 85 ans, l’architecte américain Frank Gehry a inauguré, le 27 octobre, sa nouvelle réalisation : la Fondation Louis-Vuitton, vouée à l’art moderne, sise dans le Bois de Boulogne. Une fois de plus, il s’est mis au service d’une grande entreprise capitaliste : celle de Bernard Arnault. Ce n’est pas un musée, mais une Fondation privée à l’américaine, et qui plus est dans le 16e arrondissement de Paris : on reste entre soi. On a là une architecture onirique : un nuage de verre, un vaisseau d’acier, un escalier-cascade, des colonnes de lumière et de miroirs.
L’architecte californien est ouvert à l’expérimentation : « Il n’y a pas de bonne architecture si on ne repousse pas une limite invisible ». Il rejette ce qui est froid, rigide, impersonnel, inhumain, la verticalité, la ligne droite. Il aime les courbes et les contre-courbes (les murs courbes), car « c’est chaud comme le ventre d’une femme enceinte ».
Il est le maître du déconstructivisme, qui sépare la forme et la fonction : les formes ne sont plus fonctionnelles. Il froisse ou ondule la matière, il enveloppe ses édifices d’une peau ou d’un voile, il agence les formes complexes avec virtuosité : les plans inclinés, les façades obliques (héritage de Claude Parent), les niveaux imbriqués. Il superpose, il interpénètre les volumes, il les met de guingois. Il aime ce qui est asymétrique, déstructuré : les toitures pliées et éclatées, les effets de choc et de faille, la torsion des matériaux (les parallélépipèdes tordus), le biscornu.

Le Musée Guguenheim de Bilbao.
En 1989, il est honoré du Pritzker Prize (le Prix Nobel d’architecture), alors que ses grandes œuvres sont à venir :
- La nouvelle Cinémathèque française, à Bercy (1993).
- La Maison dansante, à Prague (1996), où deux bâtiments accolés évoquent Ginger Rogers et Fred Astaire.
- Le Musée Guggenheim, à Bilbao (1997), aux murs sinueux, et dont la pierre est recouverte d’aveuglantes écailles de titane (obsession du Poisson, signe astrologique de l’artiste). C’est une architecture en mouvement, avec des volumes qui s’envolent.
♥ Rétrospective Frank Gehry, au Centre Pompidou, jusqu’au 5 janvier.