
« Courant d’air, courant d’art »
(Marcel Duchamp)
[l'art doit ouvrir des portes]
Quand Duchamp prit conscience qu’un tableau se vendait « comme une boîte de haricots » (« hasard en conserve »), il a proclamé : « C’est fini la peinture ». Puis il a inventé le « ready-made » (objet « tout fait »).
Le ready-made est un objet manufacturé érigé en œuvre d’art : en 1914, Duchamp achète un porte-bouteille au bazar de l’Hôtel de ville et déclare « C’est de l’art si je dis que c’est de l’art ». C’est son premier ready-made. Il ajoute : « C’est celui qui regarde (« le témoin oculiste ») qui crée l’oeuvre ».

Fountain, 1917
En 1917, il récidive avec son fameux urinoir baptisé Fountain (car il est exposé à New York) : l’original a disparu, mais une de ses répliques a été achetée par le Centre Pompidou pour la somme très attractive de… 200 000 €. C’est l’esprit seul qui crée l’œuvre d’art. Il a eu l’idée de choisir un objet dans un magasin au lieu de le réaliser lui-même : l’art est un fait mental.

La boîte-en-valise, 1936
Le ready-made est anti-Art, absurdité railleuse et agressive : c’est un « objet-dard ». Il y a aussi le ready-made inversé : une œuvre d’art qui devient un objet domestique. Duchamp conseillait d’utiliser un Rembrandt comme planche à repasser…
Le ready-made est l’aboutissement d’une évolution :
1ère phase : l’artiste peint le sujet sur une toile (art figuratif).
2e phase : il garde la toile et rejette le sujet (art abstrait).
3e phase : il garde le sujet et rejette la toile (ready-made).
Duchamp est aussi à l’origine de l’art cinétique, avec sa Roue de bicyclette (1913) et ses Rotoreliefs (1935) : des spirales dessinées sur des cercles en carton, qui sont placées sur un tourne-disque, produisent un effet hypnotique. Il s’est adonné également à l’art érotique : son sein en mousse est légendé Prière de toucher.
« Marcel Duchamp, la peinture même », exposition dont le titre se réfère à son « Grand Verre » : La Mariée mise à nu par ses célibataires, même, au Centre Pompidou, jusqu’au 5 janvier.