Jean-Jacques Lebel, premier « happener » français, tendu contre la guerre, le colonialisme, l’oppression, la censure, la frustration

Lebel

cultureEn 1960, Jean-Jacques Lebel importe en Europe le « happening » avec L’Enterrement de la Chose : à Venise, un homme est poignardé et jeté dans le Grand Canal. Mais il s’agit en réalité d’une sculpture de Tinguely, et ça symbolise l’assassinat de l’Art.

Le happening est à la fois anti-Art, « art-action », art conceptuel et art « rhizomatique » aux connexions proliférantes (Gilles Deleuze), non récupérable par le marché. C’est ce qui « arrive » (to happen), ici et maintenant : pulsion érotique, poétique, ludique, bouleversement de l’espace social, agitation culturelle et politique spontanée, éruption de l’inconscient et de l’imaginaire. Les spectateurs sont aussi les intervenants :

  • Pour conjurer l’esprit de catastrophe (1962) : deux filles sont plongées dans un bain de sang, l’une porte le masque de Kennedy, l’autre celui de Krouchtchev.
  • Déchirex (1965) : une jeune femme en slip, portant un masque à tête de mort et juchée sur une moto, est recouverte de spaghettis.
  • 120 minutes dédiées au divin Marquis (de Sade) (1966) : happening érotique, qui provoque l’arrestation de l’auteur.

Le Grand Tableau Anti-fasciste (1961)

La période des Happenings (1960-1968 : 70 « interventions ») est aussi celle du Grand Tableau Antifasciste (1961), contre la guerre et la torture en Algérie, et qui est saisi par la police.

Il annonce la grève de Mai 68 : « La Rêve Générale est dans toute les têtes ». Puis il en sera un ancien combattant : il est du Mouvement du 22 mars et du groupe anarchiste « Noir et Rouge », il « prendra » l’Odéon…

Colonial Horror

La photo le sollicite : Colonial Horror est une collection de clichés racistes. Le Labyrinthe expose des photos prises par les tortionnaires américains dans la prison d’Abou Ghraïb.

Il appelle « retour à l’envoyeur » les produits avariés, démasqués, de la société marchande (des douilles d’obus, notamment) qu’il expose dans ses musées.

Lebel, c’est une révolte tendue contre la guerre, l’oppression, la censure, la frustration.

Rétrospective intitulée : « Il n’est d’art qu’insurrectionnel », au ZKM de Karlsruhe, jusqu’au 9 novembre.

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Catégories: CULTURE, L'email du dimanche

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