Quand le mouvement impres-sionniste a surgi en France, nos voisins ont été rapidement séduits par cette révolution picturale : la palette claire et la touche divisée. Sur le plan thématique, ils se sont reconnus dans cette peinture de la vie moderne et industrielle, qui se substituait à l’hagiographie chrétienne traditionnelle.

Theo van Rysselberghe - l’homme à la barre
Des artistes d’outre-Quiévrain, comme Félicien Rops (La Muse de la Pornographie) et James Ensor (L’Entrée du Christ à Bruxelles, période expressionniste) ont été aussi des paysagistes impressionnistes.
Mais c’est avec Emile Claus que l’impressionnisme conquiert la Belgique : il fonde le « luminisme » (sa variante belge) et reçoit le surnom de « Peintre du Soleil » (L’Eté, La Fenaison).
Constantin Meunier - Au pays noir (1890)
L’artiste majeur de cette période reste cependant Théo van Rysselberghe, héritier du pointillisme et du « néo-impressionnisme » (Félix Fénéon) de Seurat. Il traite les thèmes chers aux français : le Nu (Le Ruban écarlate), les Baigneuses (L’Heure embrasée), les Régates, les Marines, les scènes de groupe dans un jardin, avec fleurs et vêtements flottants (La Promenade) et d’autres portraits de groupe : Le Thé au jardin, La Lecture. Ce dernier tableau représente un groupe d’écrivains (dont Maeterlinck et Gide, la tête dans sa main) qui écoutent Emile Verhaeren lire un de ses poèmes.
E. Verhaeren, poète socialiste à lorgnon et immense moustache (Les Usines, poème dont le héros est le prolétaire ; Les Ailes rouges de la guerre, poèmes pacifistes) était proche de van Rysselberghe, peintre anarchisant (comme Ensor).

Rik Wouters - la sablonnière
Ainsi qu’Emile Claus avait peint les pêcheurs (La Levée des nasses), Constantin Meunier, membre du Parti Ouvrier Belge (socialiste), décrit la vie héroïque des mineurs du Borinage qu’il appelle Le Pays noir, avec ses terrils, ses cheminées fumantes, ses cieux plombés : tout est noirâtre.
Quant à Rik Wouters, il ouvre la voie au « Fauvisme brabançon ».