« El Greco, excelente pintor » (Gongora*)
En 1572, Le Greco propose au pape Pie V de repeindre la Chapelle Sixtine : il jure qu’il fera mieux que Michel-Ange, dont il dit: «C’était un homme bon, mais qui ne savait pas peindre ».
Il venait de l’île de Candie (la Crète), alors vénitienne, et il avait débuté en traditionnel peintre d’icônes : des figures hiératiques, sur fond d’or. Puis le candiote avait rompu avec cet art sclérosé, pour se rendre à Venise, dans l’atelier du Titien, artiste flamboyant.
Enfin, en 1576, il s’installe en Espagne et trouve sa manière : il abandonne le réalisme chrétien pour l’expressionnisme. Il peint des corps étirés, des mains effilées, des visages émaciés. Il allonge les figures, il inaugure une peinture violente et sensuelle, aux couleurs éclatantes. Il crée des formes nouvelles, des flammes serpentines, des draperies torturées, qui inspireront Picasso :
- La Trinité, où Dieu est vêtu d’une robe blanche et coiffé d’une mitre.
- El Espolio, le Partage de la tunique du Christ : le tissu écarlate éclate sur les gris.
- L’ Enterrement du comte d’Orgaz : il est enterré par Saint-Etienne et Saint-Augustin. C’est le sommet de la Contre-Réforme en peinture. Le Greco scandalisera le peintre Francisco Pacheco en lui affirmant que la peinture n’est pas un art !
- Vue de Tolède sous l’orage, avec ses nuages lumineux, est le premier paysage peint pour lui-même, et non comme un décor.
En 1600, il est déféré devant le tribunal de l’Inquisition pour blasphème (il sera acquitté), mais il se vengera en faisant le portrait du Grand Inquisiteur d’Espagne, Ninõ de Guevara, dans une robe couleur de sang, et avec des lunettes.
Il meurt oublié en 1614, il est redécouvert par Barrès dans Greco ou le secret de Tolède, et, pour son 4e centenaire, le Musée du Prado, à Madrid, organise une exposition : « Le Greco et la Peinture moderne ». Jusqu’ au 5 octobre.