Il y a confiscation et confiscation

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L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.

 

Le plus stupéfiant dans l’amende infligée par l’administration des Etats-Unis à la BNP Paribas n’est peut-être pas son montant, certes colossal : 8,9 milliards de dollars (6,6 milliards d’euros). Plus extraordinaires semblent les communiqués de la direction de la banque affirmant que le paiement de cette amende ne mettra en cause ni l’emploi, ni les services aux clients, ni leurs tarifs, ni, bien sûr, les dividendes versés aux actionnaires.

Tiens, tiens… Il serait donc possible de confisquer 6,6 milliards d’euros dans les réserves d’une banque sans que cela ne dérange en quoi que ce soit son fonctionnement et ses équilibres ? Plus exactement : cela est possible, pourvu qu’il s’agisse… de transférer ces 6,6 milliards à une autre banque, la Federal Reserve des Etats-Unis, en l’occurrence.

On comprend que les médias n’aient pas trop diffusé cette information qui donne à réfléchir : et si cette arme de la confiscation était mise au service d’une autre cause ? Par exemple, les travailleurs, confrontés aux menaces de destructions effroyables du pacte de responsabilité, pourraient en conclure : puisqu’il existe dans ce pays plusieurs banques d’une taille comparable à BNP Paribas, et puisque l’opération semble indolore, pourquoi ne pas confisquer des dizaines de milliards d’euros aux banques, plutôt que d’imposer les 50 milliards de coupes du pacte ?

On l’aura compris : il y a confiscation et confiscation. Au moment même où l’administration américaine, avec la bénédiction du gouvernement français, confisque 6,6 milliards d’euros à une banque pour les transférer à une autre, le gouvernement français veut, en application des directives européennes, confisquer 50 milliards d’euros (sous forme de pillage de la Sécurité sociale et de destruction des services publics), propriété du peuple travailleur.

Et tout cela pour renflouer les banques et les spéculateurs. Et comme si cela ne suffisait pas, le Fonds monétaire international, lui aussi basé à Washington, salue, dans son rapport sur la France, « un ensemble cohérent de réformes »,mais invite le gouvernement français à passer outre les « résistances politiques et sociales » provoquées par les contre-réformes.

Dans ce contexte, la conférence sociale des 7 et 8 juillet — censée répondre à la demande du FMI — s’est conclue par le refus des confédérations CGT et CGT-Force ouvrière (et de la FSU et Solidaires) de se prêter à l’opération.

Certes, le 14 juillet, François Hollande a fait mine de ne pas tenir compte de ce camouflet, prétendant que tout va continuer comme avant : « La France ne peut plus attendre, c’est pourquoi il y a eu le pacte de responsabilité (…). Le pacte de responsabilité, c’est dire aux Français “vous connaissez la donne”, faire des économies, aider les entreprises, baisser le coût du travail et la fiscalité des entreprises (…). Tout [est] sur la table et rien ne changera. »

Il n’en reste pas moins que les effets de l’échec de la conférence sociale sont loin d’être dissipés. Les travailleurs verront dans le refus de leurs organisations d’y participer un encouragement à s’engager dans la seule voie qui contraindra le gouvernement à reculer : celle de la lutte de classe.

C’est sur ce terrain que sera contré un pacte de responsabilité d’autant plus illégitime que — la preuve en est faite — rien ne « justifie » les 50 milliards de coupes de ce pacte… rien, en dehors du besoin irrépressible de la classe capitaliste de dégager de nouvelles marges de profit en écrasant les droits et garanties de la classe ouvrière.

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Catégories: EDITORIAL

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