
L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.
C’était, nous disait-on, le symbole dépassé d’une histoire révolue : le drapeau républicain, pourtant, a été agité par des dizaines de milliers de manifestants dans toutes les régions et villes de l’Etat espagnol. Le vieux mot d’ordre de lutte contre le régime franquiste : « L’Espagne, demain, sera républicaine », a surgi avec force, tandis que le drapeau de la République était accroché aux façades de mairies et de sièges syndicaux.
Ainsi, dans le prolongement des grèves générales qui ont soulevé la classe ouvrière de l’Etat espagnol contre les plans d’austérité dictés par la troïka, et dans le prolongement aussi de l’immense rejet de l’Union européenne et de ses plans qui s’est exprimé le 25 mai, surgit avec force la crise de décomposition du régime, mais aussi la recherche d’une solution conforme aux intérêts de la démocratie et de la classe ouvrière. En dépit de l’acharnement des dirigeants du Parti socialiste à vouloir faire voter l’intronisation du nouveau roi (lire page 10), a été proclamé le droit imprescriptible du peuple à prendre la parole pour faire prévaloir sa volonté. Tout se concentre aujourd’hui dans l’exigence : les députés qui se réclament de la classe ouvrière et de la démocratie ne peuvent pas voter l’intronisation !
En France, c’est un gouvernement illégitime, rejeté par le peuple (soutenu par moins de 6 % des électeurs inscrits le 25 mai), qui prétend mettre à bas les conquêtes de la République et de la démocratie, et liquider l’héritage de 1789 et 1793 en vidant les départements de leur contenu et en contraignant au regroupement des communes.
Dans les deux cas, des responsables prétendument socialistes vont à l’encontre de toute l’histoire du socialisme, de la démocratie et de la République, et cela, au compte des plans d’austérité (en France : le pacte de responsabilité) dictés par l’Union européenne et le capital financier.
Lorsque sortira ce numéro d’Informations ouvrières, la grève appelée dans l’unité contre la réforme ferroviaire par les organisations syndicales de la SNCF aura démarré. Elle s’annonce, pour la journée du 11 juin, extrêmement massive. Parviendra-t-elle à faire reculer le gouvernement, notamment par la reconduction ? Cela, la lutte en décidera. Mais, d’ores et déjà, cette grève donne une indication pour toute la classe ouvrière, montrant la voie de la grève générale qui balaiera le pacte de responsabilité et les contre-réformes du gouvernement soumis au capital financier et aux autorités de Bruxelles et Francfort. Cette grève des cheminots, pour la défense du statut et de l’unité de la SNCF, s’intègre dans une perspective, celle de la reconquête de la SNCF comme monopole de service public des chemins de fer nationalisé, qui rejoint la nécessité de la reconquête de la Sécurité sociale de 1945.
Défense et reconquête de l’héritage de 1789 et 1793 et de celui de 1945 (Sécurité sociale, nationalisations, monopoles des services publics) : tout est lié qui conjugue le mouvement de reconquête de la démocratie politique et le mouvement de la classe ouvrière sur son terrain de classe.
Ces préoccupations sont largement partagées, au-delà du POI, par les militants ouvriers de toutes tendances qui se réuniront à Paris le 14 juin, comme par les élus réunis en conférence le 28 juin. Des débats qui se poursuivront tout l’été dans les colonnes d’Informations ouvrières, tribune libre de la lutte de classe.
Des questions au cœur de la construction d’un authentique parti ouvrier combattant pour la République, la démocratie et le socialisme.