
L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.
« Les abstentionnistes ont toujours tort. » Ainsi débute l’éditorial de La Marseillaise (1), qui ose reprocher à qui n’ira pas voter dimanche prochain de « laisser un boulevard au Front national » permettant aux « patrons actuels de l’Union européenne de continuer ». A quoi il oppose « l’arme efficace » du « bulletin de vote » grâce auquel « une autre Europe est possible »…
Coupables, les abstentionnistes ? Si les sondages disent vrai, les traits les plus marquants du scrutin du 25 mai devraient être : d’une part, l’abstention-rejet massif de l’Union européenne et de son prétendu Parlement ; et de l’autre, l’effondrement électoral du Parti socialiste, perdant six à sept millions de voix sur le résultat de Hollande au premier tour de 2012 (2).
Faudrait-il s’en étonner ? Depuis deux ans, le gouvernement Hollande poursuit et aggrave, dans tous les domaines, la politique du gouvernement Sarkozy, en conséquence de leur soumission commune à l’Union européenne, ses directives, ses plans d’austérité, ses institutions. Situation identique dans toute l’Europe où une même politique est mise en œuvre par tous les gouvernements, de gauche comme de droite.
Faut-il s’étonner du rejet ? Qui est coupable ? Les abstentionnistes ? Ou ceux qui, appliquant scrupuleusement les diktats destructeurs de Bruxelles et de Francfort, intiment aux salariés d’Alstom et de la SNCM d’accepter les suppressions d’emplois ? Les travailleurs ne sont pas amnésiques. Ceux d’EDF et GDF, par exemple, ont en mémoire la transposition prétendument de « gauche » de la directive européenne sur l’électricité, votée en 2002 par la majorité PS-PCF de l’Assemblée nationale, imposant la privatisation-destruction du statut. Ils savent d’expérience qu’il n’y a pas une manière de « gauche » et une autre de « droite » de se soumettre à l’Union européenne et à la dictature du capital.
Que cela plaise ou non à l’éditorialiste de La Marseillaise (ou à d’autres), il y aura ce dimanche 25 mai — en dépit de l’extraordinaire campagne anti-abstention menée par tous les partis institutionnels (3) — une immense vague d’abstentions et de rejet.
Elle sera majoritaire dans le pays et ultra majoritaire dans la classe ouvrière et les quartiers ouvriers et populaires. Elle exprimera plus que le rejet : l’exigence de la rupture avec cette politique de destruction et de décomposition sociale.
Elle résonnera comme un appel à l’action, à la mobilisation, pour balayer l’austérité dictée par Bruxelles, et donc le pacte de responsabilité anti-ouvrier Hollande-Valls. C’est là la voie — il n’y en a pas d’autre — permettant, face à la crise effroyable de décomposition dans laquelle l’Union européenne, le FMI et le gouvernement à leur service précipitent la société, d’imposer une issue conforme aux intérêts ouvriers et à la démocratie.
Il peut donc arriver que les abstentionnistes n’aient pas tort. Ce sera le cas le 25 mai.
Ont tort ceux qui les condamnent.