
Cette fille de la grande bourgeoisie britannique (son arrière-grand-père, Samuel Cunard , est le fondateur de la « Cunard Line », grande compagnie de paquebots transatlantiques ), a rompu avec son milieu, pour se lier aux surréalistes.
Elle sera la compagne épisodique d’Aragon, avec qui elle rompra, à Venise , en 1928. Cette rupture inspirera au poète des vers oubliables (« J’avais ma peine et ma valise… ») et des invectives contre la Sérénissime (« Vous , vos îles et vos moustiques / Je ne vous verrai jamais plus… »).
Car Nancy Cunard vient de tomber amoureuse d’un pianiste de jazz afro-américain, Henry Crowder, qui va lui inspirer son grand-oeuvre : Negro Anthology (1934), puisque c’est à lui que l’ouvrage est dédié. Il s’agit d’une encyclopédie qui rend hommage à tous les peuples noirs, d’Afrique comme d’Amérique.
L’année suivante, au nom de l’antifascisme, elle englobera dans cet hommage le Négus Haïlé Sélassié, féroce dictateur, mais alors agressé par Mussolini…
Cependant, sa Negro Anthology pulvérise la légende du bilan « globalement positif » du colonialisme, et de l’ingratitude des hommes de couleur envers leurs maîtres blancs… C’est ce que montre : l’exposition « L’Atlantique Noir », au Musée du Quai Branly à Paris , jusqu’au 18 mai.