L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.
Les enseignants portugais en grève (lire Informations Ouvrières p.10) ont donc fait reculer le gouvernement Passos Coelho. Pour tous les travailleurs du continent, il est ainsi établi que la classe ouvrière, unie avec ses organisations, a la capacité de bloquer la mise en œuvre d’une loi dictée par la troïka FMI-Commission européenne-BCE.
L’événement prend d’autant plus de relief en France où CGT, CGT-FO, FSU, et Solidaires appellent à une journée interprofessionnelle de grèves et de manifestations le 10 septembre, au moment même où le gouvernement fera connaître le détail de sa contre-réforme des retraites.
Mais attention aux embûches et aux obstacles !
Nous avons dans ces colonnes, la semaine passée, signalé un appel « d’organisations de jeunes », politiques et syndicales, qui, tout en disant leur opposition au projet gouvernemental, prônait la fin du « statu quo », c’est-à-dire des régimes actuels de retraites.
L’opération se poursuit avec l’annonce, deux jours après le communiqué intersyndical appelant au 10 septembre, d’un autre appel intitulé : « Retraites 2013 ». Selon l’un de ses initiateurs, Gérard Filoche, membre du bureau national du Parti socialiste (et l’un des animateurs de sa « gauche ») (1), il s’agirait, « autour de la première grande manifestation du 10 septembre », de « relancer un appel de toutes et tous, syndicats d’abord, collectifs unitaires ensuite, toutes les forces éveillées, informées, mobilisées, associés pour le plus grand rassemblement unitaire possible ». Bref : dépossédés de leur appel à l’action de classe, les syndicats ouvriers se verraient ainsi soumis à ce qui s’apparente fort à une tutelle politique. Dans quel but ? Filoche ne s’en cache pas : « La cible n’est pas le gouvernement (…). Notre volonté est de convaincre notre gouvernement, pas de l’affronter », précise-t-il sur son blog.
On notera que les travailleurs portugais n’ont pas cherché à « convaincre » le gouvernement, ils l’ont affronté. Bien leur en a pris ! En France, le terrain de l’affrontement n’a pas été choisi par la classe ouvrière : il lui est imposé par le gouvernement Hollande-Ayrault aux ordres de la troïka. Mais cette tentative de placer l’appel au 10 septembre sous la coupe de partis et de responsables politiques qui ne cachent pas leur volonté de protéger le gouvernement, va à l’encontre de la mobilisation de la classe ouvrière. Laquelle, pour contraindre le gouvernement à reculer, doit farouchement préserver l’indépendance de ses organisations.
Parti de lutte de classe, le Parti ouvrier indépendant inscrit son action dans le mouvement d’ensemble de la classe ouvrière. Respectueux de l’indépendance et des prérogatives des organisations syndicales, ses militants agiront, dans ce cadre, pour aider au succès de la mobilisation ouvrière unie le 10 septembre, contre toute nouvelle atteinte aux régimes de retraite.
Sur le plan qui est le sien, le Parti ouvrier indépendant convoque un meeting central le 28 septembre à Paris pour aider à l’unité pour bloquer la politique de chômage et de misère du gouvernement Hollande-Ayrault et la troïka, pour en finir avec les institutions anti-ouvrières et antidémocratiques de l’Union européenne et de la Ve République.
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(1) Que dans un contexte de crise généralisée des institutions de la Ve République, de l’Union européenne et de tous les partis, certains, au Parti socialiste, prennent leurs distances avec la réforme anti-ouvrière du gouvernement, les travailleurs ne pourraient que s’en féliciter… A condition toutefois, qu’il ne s’agisse pas d’une manœuvre pour tenter de détourner l’action de classe vers d’autres objectifs.