
L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.
« Cette loi est la (…) pire loi réactionnaire contre le droit du travail » qu’ait jamais produit « la gauche » au gouvernement : celui qui qualifie en ces termes le projet de loi de transposition de l’accord Medef-CFDT (ANI, accord national interprofessionnel) est lui-même membre du bureau national du PS, et c’est dans cette instance qu’il s’exprime ainsi (1).
Réactionnaire en effet, le projet de loi démantelant le Code du travail. Et pas seulement ce projet. Après l’intervention télévisée de Hollande jeudi dernier, c’est Jean-Marc Ayrault qui est venu préciser, dans Le Journal du dimanche, l’attaque en préparation contre les retraites. « Au final, nous paierons les retraites », dit Ayrault. Il y avait donc, il y aurait donc risque que les retraites ne soient pas payées ? « Nous préserverons les plus petites retraites », ajoute-t-il. A partir de quand une retraite n’est-elle plus petite ? « Nous pérenniserons les régimes de retraite pour les générations à venir », conclut-il. Qu’est-ce que signifie « pérenniser les régimes de retraite », si seules les « petites » verront leur montant préservé ?
L’offensive contre les retraites puise à la même inspiration que l’ANI (tout comme l’acte III de la décentralisation (2) et l’augmentation de la TVA, impôt supporté, d’abord et avant tout, par les foyers les plus modestes) : il s’agit, au seul profit du capital financier, de frapper la classe ouvrière, les jeunes, les chômeurs et d’enfoncer un peu plus la population dans la misère et la précarité.
Donnant l’ANI en exemple (notamment pour la future contre-réforme des retraites), Ayrault vante « la méthode que nous avons choisie, celle du dialogue social. Personne n’avait réussi à le faire en trente ans » ! Une réussite, réellement, ce dialogue social ? Tout dépend. La CFDT, c’est sûr, a joué, comme toujours, son rôle de fourrier des contre-réformes et de la destruction des droits ouvriers.
Mais il n’est au pouvoir de personne — fût-il Premier ministre — de faire disparaître le refus des confédérations Force ouvrière et CGT d’approuver cet accord, et leurs appels à se mobiliser le 5 mars dernier, et à nouveau le 9 avril prochain pour lutter contre ce projet.
Les militants et délégués ne s’y sont pas trompés. Depuis l’annonce de la date du 9 avril, il y a huit jours, se multiplient, dans tout le pays et à tous les niveaux, des appels communs d’organisations FO et CGT (et parfois Solidaires, FSU, etc.) à la mobilisation contre l’adoption de la loi scélérate.
Le « compromis historique » que le gouvernement voulait voir surgir du « dialogue social » s’est brisé sur l’ANI. A cette tentative d’intégrer les organisations dans un « syndicalisme rassemblé » au service de la classe capitaliste, les travailleurs et les militants répondent par l’unité d’action pour la défense du Code du travail et des garanties collectives qui constituent la classe ouvrière comme classe (3).
Pour qui regarde du côté du gouvernement, l’heure, c’est certain, est à la réaction. Pour qui regarde du côté de la classe ouvrière et de ses organisations, l’heure est à la résistance.
Réaction, résistance : le choc mûrit.
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(1) Gérard Filoche n’en conclut pas pour autant que le gouvernement doit retirer son projet, et soutient un appel pour l’amender.
(2) Dont le gouvernement, en butte à la résistance des élus, vient de modifier les conditions de son passage au Parlement.
(3) L’unité d’action contre l’ANI, c’est l’inverse du « syndicalisme rassemblé »… pour l’ANI !