
L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.
« L’Europe est condamnée au chômage de masse. » Ce verdict brutal est assené par Le Monde, pour qui, même si la situation économique s’améliorait, le « stock de demandeurs d’emploi quasi incompressible » — on appréciera l’élégance de la formule — pourrait frôler les 10 % en France, en Espagne, en Italie. Cela en raison « d’un coût du travail trop élevé ». La solution, on la devine : un « modèle de flexisécurité favorisant embauches et licenciements »… Favoriser les licenciements pour réduire le chômage… C’est la logique d’un système capitaliste en décomposition pour qui « la crise » pourrait être surmontée en laissant un salarié sur dix sur le carreau… Tu parles !
Michel Noblecourt, « journaliste social » au Monde, est inquiet. Est-ce cette annonce d’un chômage élevé et incompressible qui l’émeut ? Pas du tout. Ce qui l’inquiète, et motive son article à la veille du 5 mars, c’est l’appel à la mobilisation lancé en commun dans lequel « CGT et FO expriment un même rejet de la flexibilité partagé depuis longtemps et de la démarche de démocratie sociale (compromis historique — NDR) de François Hollande ».
Certes, Noblecourt cherche à se rassurer : cet appel commun « a tous les traits d’une unité contre nature ». D’ailleurs, il en est sûr, « la CGT ne veut couper les ponts ni avec le gouvernement ni avec la CFDT ». Il n’empêche… sous la plume du « journaliste social » perce l’angoisse du partisan de toujours de l’intégration syndicale, rebaptisée « compromis historique » par François Hollande.
Car Noblecourt le sait : du point de vue de la classe ouvrière, l’appel au 5 mars n’a rien de contre-nature. Il est même conforme à leur nature que deux confédérations, issues du même mouvement historique qui a vu se constituer le syndicalisme ouvrier dans notre pays, agissent en commun contre une loi scélérate qui veut démanteler le Code du travail et remettre en cause les prérogatives des syndicats.
C’est pourquoi, au-delà du 5 mars, et face à un gouvernement qui réaffirme ce jour même sa volonté de passer en force, l’unité contre la loi de transposition de l’accord Medef-CFDT peut et doit se renforcer.
C’est toute la question de l’indépendance du mouvement ouvrier, refusant de se soumettre aux diktats de l’Union européenne et à ses exigences de flexibilité relayées par le gouvernement Hollande-Ayrault, qui est ici posée. Car la voie de l’action, dans l’unité des organisations ouvrières indépendantes, est la seule possible, sauf à être condamnés à l’avenir de misère, de désolation et de destruction que veulent imposer l’Union européenne et les gouvernements de toute couleur politique qui appliquent ses plans et directives.
Cette question est à l’ordre du jour d’un bout à l’autre du continent. « La nationalisation ou la mort », proclamaient la semaine dernière les banderoles des dizaines de milliers de manifestants bulgares protestant contre la privatisation de l’énergie dans ce pays le plus pauvre de l’Union européenne, dont la mobilisation a entraîné la chute du gouvernement présidé par un ancien dignitaire du régime stalinien reconverti aux délices de l’économie de marché. « Dehors la troïka et ses plans ! », ont crié ce week-end plus d’un million de manifestants au Portugal.
L’indépendance des organisations ouvrières, refusant toute allégeance aux plans dictés par l’Union européenne et par les différents gouvernements : cette question sera au centre de la conférence ouvrière européenne qui s’ouvrira à Tarragone le 15 mars prochain.