
L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.
Quel objectif poursuit donc le ministre Moscovici ? Il y a quelques jours, il a lancé : « Le niveau de l’euro est trop fort. » Aussitôt, la presse multiplie commentaires et analyses à l’appui de cette déclaration. L’euro est trop fort, nous disent-ils, en raison de la faiblesse du dollar, délibérément orchestrée par la Réserve fédérale pour encourager les exportations américaines. Et du coup, les produits « made in France » ne peuvent soutenir la concurrence (évidemment déloyale) des Etats-Unis. Conclusion de nos « commentateurs » avisés : comme les traités européens (Maastricht et TSCG) interdisent à la Banque centrale européenne le même type d’intervention, il ne reste plus à l’Europe qu’une seule variable d’ajustement, c’est de baisser le coût du travail.
L’argument n’est pas nouveau. Il y a quinze ans, préparant la mise en place de l’euro, un certain Tietmeyer, alors président de la Banque centrale allemande, avertissait : « Nous ne pouvons plus jouer sur les taux de change. (…) Le fardeau de l’ajustement (…) reposera désormais exclusivement sur les coûts du travail nationaux. Les salaires et tous les leviers reliés aux salaires devront permettre de faire face aux différences de productivité. »
Rien de bien nouveau donc. Alors pourquoi ce soudain cri d’alarme de Moscovici ? Pourquoi, sinon pour justifier l’accord Medef/CFDT et le chantage exercé, à Renault et ailleurs, sur le thème : les syndicats doivent accepter les baisses de salaire sous peine de voir fermer les usines et liquider les emplois (2) ?
Cette dramatisation à outrance traduit l’inquiétude du gouvernement. Son offensive de démantèlement du Code du travail se heurte à une résistance que matérialise en particulier le refus des confédérations CGT et CGT-FO de signer l’accord. D’où la campagne sur la hausse vertigineuse de l’euro. D’où, aussi, cet incroyable argumentaire adressé par le groupe PS à l’Assemblée nationale à tous les syndicats de ce pays, tentant de convaincre que l’accord signé n’est pas « favorable au patronat », que « la situation des salariés » ne va pas « se dégrader », que la voie n’est pas ouverte « à la précarisation généralisée », que « cet accord » ne fait pas « sauter les protections contre les licenciements », etc. Plaidoyer mensonger en faveur d’une politique de destruction des garanties collectives de la classe ouvrière dictée par les seuls intérêts de la classe capitaliste.
Toute la situation appelle avec force la rupture avec l’Union européenne et les traités qui instaurent la dictature de l’euro et de la troïka.
De manière immédiate, les travailleurs sont fondés à voir dans le « non » des confédérations CGT et CGT-FO un appel à se regrouper pour résister à la destruction des droits ouvriers et mettre en échec la loi de transposition que prépare le gouvernement.
(1) 19 juin 1997.
(2) « La France a perdu plus d’un millier d’usines depuis 2009 » titrent Les Echos (5 février) qui citent un « expert » : « L’euro a augmenté de 10 % face au dollar depuis juillet 2012, ce qui pèse sur la compétitivité des entreprises. »