Imbroglio sur ce que « croissance » veut dire en Europe

François Hollande, dans son allocution du 6 mai a redit sa détermination à « donner à la construction européenne une dimension de croissance, d’emploi, de prospérité, d’avenir » en évoquant, sans prononcer le mot, la perspective d’une renégociation du Traité sur la stabilité la coordination et la gouvernance (TSCG) en y ajoutant un volet de croissance.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso a déclaré le même jour qu’il partageait « la conviction qu’il faut investir dans la croissance et les grands réseaux d’infrastructure (…) tout en maintenant le cap de la consolidation budgétaire et de réduction de la dette ». Stefen Steibert porte-parole d’Angela Merkel affirmait le lendemain qu’il n’était « pas possible de renégocier le pacte budgétaire ».

En avril Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne avait plaidé pour une solide discipline budgétaire : « Nous avons eu un Pacte budgétaire. Ce que j’ai à l’esprit maintenant est d’avoir un pacte de croissance ». Interrogé sur le sens du mot croissance, un porte-parole de la BCE a fait savoir qu’il s’agissait de flexibilité du marché du travail et de compétitivité plutôt que de relance des dépenses publiques.

À Amsterdam le 17 juin 1997, le Conseil européen entérinait le « pacte de stabilité et de croissance » (PSC). Le mot « croissance » avait été introduit, comme l’a révélé à l’époque le quotidien Libération, pour complaire à Alain Juppé. Ayant pris sa suite à Matignon, Lionel Jospin avait demandé que le terme « emploi » soit ajouté.

La croissance ? Parlons – en

(10 mai 2012)

L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.

A peine investi président le 15 mai, François Hollande s’envolera pour Berlin. A l’ordre du jour : le traité TSCG, pour lequel Hollande propose une « renégociation » que Merkel rejette catégoriquement. Selon l’AFP « la clé d’un possible compromis est probablement sémantique : François Hollande a expliqué pendant sa campagne que la “renégociation” du traité visait à le “compléter” avec un volet “croissance”. Or Berlin comme les institutions européennes se montrent ouverts à la mise au point d’un “pacte de croissance”, pourvu qu’on ne touche pas “au pacte budgétaire” » (1).

Tout serait donc affaire de sémantique, c’est-à-dire du sens que l’on attribue aux mots. Exemple : le mot « croissance ». Dans la bouche de M. Draghi de la BCE, de Mme Lagarde du FMI, ou du Medef, il signifie ceci : il faut alléger les charges qui pèsent sur les patrons pour relancer la machine économique ; pour cela, il faut tailler dans les régimes de Sécurité sociale et de retraites et dans les dépenses publiques, casser les garanties ouvrières collectives (conventions collectives, statuts), généraliser les accords compétitivité-emploi, aggraver dans tous les domaines précarité, mobilité et flexibilité des travailleurs. Et lorsqu’on objecte à ces honorables institutions qu’une telle politique d’austérité réduit brutalement le pouvoir d’achat des salariés (donc leur capacité de consommation), ils répondent que la déréglementation d’aujourd’hui fera la croissance de demain. Trêve d’hypocrisie : ce dont il est question ici, c’est de croissance des profits et de surexploitation. Assurément, un tel « pacte de croissance » serait compatible avec « SuperMaastricht ».

Mais que signifie « croissance » pour l’ouvrier, l’employé, le jeune, le chômeur, tous ceux qui viennent d’exprimer leur rejet des politiques destructrices appliquées depuis vingt ans par les gouvernements de toutes couleurs politiques ? Que signifie ce mot, sinon travail et pouvoir d’achat ? Autrement dit : la création des emplois sous statut nécessaires dans les écoles, les hôpitaux et l’ensemble des services publics, l’arrêt de la RGPP ; la création d’emplois en CDI et l’interdiction des licenciements dans le privé ; et, bien sûr, l’augmentation générale des salaires. Cette croissance-là, qui relance la machine économique par l’augmentation du pouvoir d’achat et la garantie d’un vrai travail et d’un vrai salaire pour chacun, est incompatible avec un traité qui fait de l’austérité une obligation constitutionnelle et prétend, dès 2013, couper 80 milliards d’euros dans les dépenses de la nation.

La Une d'Informations Ouvrières à paraître ce 10 mai 2012

La sémantique doit être laissée à ceux qui jouent avec les mots. Mais on ne peut jouer avec la vie et les aspirations profondes de l’immense majorité des travailleurs et des jeunes qui ont dit leur rejet de la politique maastrichtienne.

Il faut en donner acte à Mme Merkel : ce traité n’est ni négociable ni amendable. A qui prétend défendre ou représenter les intérêts de la population laborieuse et de la jeunesse, il ne reste qu’une possibilité : dire en toute clarté que ce traité ne doit pas être ratifié. Réaliser l’unité de toutes les forces ouvrières et démocratiques pour mettre en échec la ratification du traité : telle est la tâche centrale de l’heure.

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(1) Président de l’Eurogroupe, M. Juncker a déclaré à Hollande le 7 mai : « Il ne sera pas possible de modifier la substance du pacte budgétaire, il n’y aura pas de nouvelle négociation possible (…). Mais il est possible d’y ajouter des éléments de croissance, pas nécessairement sous la forme d’un traité » (Reuters).

“Rassembler tous les efforts et toutes les énergies”

Appel à organiser une manifestation nationale dans l’unité la plus large contre la ratification du traité TSCG

SUPERMAASTRICHT NE DOIT PAS PASSER !

26 000 travailleurs, parmi lesquels nombre de jeunes, de militants de toutes tendances, ont signé en trois semaines l’appel lancé par notre parti contre la ratification du Traité de Bruxelles.

Ce résultat témoigne, comme le rejet du traité exprimé à différents niveaux de plusieurs organisations, de ce que la majorité qui a dit non au traité constitutionnel de 2005 est toujours présente.

A la veille de l’élection présidentielle, les millions de citoyens se voient tout naturellement saisis des propositions des différents candidats, des programmes des différents partis.

Mais quelle amélioration, la plus minime soit-elle, de la situation difficile des travailleurs des villes et des campagnes est possible dans le cadre de ce traité ?

Un traité qui :

→ inscrit dans la Constitution la « règle d’or », c’est-à-dire l’obligation constitutionnelle de l’austérité;

→ donne tout pouvoir aux autorités de Bruxelles pour dépêcher en France des émissaires chargés de dicter leurs plans de destruction, foulant aux pieds toute forme de souveraineté et de démocratie;

→  se traduirait dès 2013 par au moins 80 milliards d’euros de coupes dans le budget de la nation : soit plus que le budget de l’Éducation nationale.

Est-il possible de se revendiquer du mouvement ouvrier et de la démocratie, et de ne pas s’engager dans la bataille contre la ratification d’un tel traité ?

C’est pourquoi nous faisons la proposition à tous ceux qui y sont prêts, d’organiser, dans l’unité la plus large, une manifestation nationale à Paris contre la ratification du traité (à une date qui dépendra du calendrier de ratification, inconnu à ce jour).

Nous lançons cet appel avant même les élections de manière à signifier clairement que notre décision ne dépend ni du nom du président, ni de la majorité à l’Assemblée nationale. Elle découle d’un fait indiscutable : quels que soient le président et la majorité à l’Assemblée nationale, la ratification d’un tel traité fermerait la porte à toute solution conforme à la démocratie et à la souveraineté populaire et instaurerait la dictature de la troïka FMI-Union européenne-Banque centrale européenne.

C’est pourquoi nous nous adressons largement à tous : aux travailleurs, militants, jeunes, citoyens attachés à la République et à la démocratie, aux organisations du mouvement ouvrier et démocratique, à tous les niveaux, comme au plan national.

A toutes et à tous, nous faisons la proposition que, sans autre condition que l’accord sur le mot d’ordre : « Non à la ratification du traité TSCG », se rassemblent tous les efforts et toutes les énergies pour la construction d’une manifestation nationale à Paris, premier acte majeur pour empêcher la ratification, faire un pas dans la voie de la reconquête de la démocratie, de la souveraineté et de la sauvegarde des droits ouvriers.

Appel lancé par le bureau national du POI, le 31 mars 2012

L’analyse du Traité , article par article est ici

Catégories: EUROPE

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