1er tour des présidentielles : un vote massif contre le consensus

L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.

Il y a trente ans, le « tournant de la rigueur » était inauguré par le gouvernement Mitterrand-Mauroy (et ses ministres PS et PCF), politique que devaient poursuivre les gouvernements Mitterrand, de « gauche » ou de cohabitation (avec Chirac puis Balladur). En 1992, sous l’égide de Mitterrand appuyé par la droite, est signé et ratifié le traité de Maastricht. Résultat : vingt ans d’austérité anti-ouvrière imposée à nouveau par tous les gouvernements, ceux de cohabitation (Mitterrand-Balladur ou Chirac-Jospin qui détient le triste record des privatisations), comme ceux de droite, sous Chirac (subissant le camouflet du non au traité constitutionnel européen puis le piétinant en faisant ratifier le traité par une majorité UMP-PS au Parlement), puis Sarkozy.

C’est tout cela, trente ans de consensus anti-ouvrier dicté par l’Union européenne, qui a été rejeté ce 22 avril, plaçant ce pays au bord d’une situation explosive.

Le peuple français regarde autour de lui. Il voit la Grèce et l’Espagne : partout les coups destructeurs portés par la Troïka. Alors ce 22 avril, il a dit : il est urgent d’inverser le cours des choses, et donc d’avancer sur la voie de la rupture.

Il l’a dit à sa façon, avec ses instruments, les plus divers. Et le score de Marine Le Pen ne change rien à ce jugement. Le Front national est un parti anti-ouvrier ultra-réactionnaire? Cela ne fait aucun doute. Mais à qui s’inquiète, à raison, de sa progression, on posera une question: pourquoi la « gauche » laisse-t-elle à Madame Le Pen le monopole apparent du refus du consensus et de l’Union européenne ? Si François Hollande, et Jean-Luc Mélenchon s’étaient clairement engagés à balayer les traités de Maastricht et Lisbonne, à rompre avec la Banque centrale européenne, à refuser de payer la dette et à bloquer les fonds disponibles pour le maintien des emplois et l’interdiction des licenciements, combien Mme Le Pen pèserait-elle électoralement?

Il reste que dimanche soir, les téléspectateurs médusés ont assisté à un autre consensus : silence radio et TV sur l’Union européenne et le traité TSCG. Tous les candidats en présence ont contourné cette question. Tout le monde sait pourtant que les deux candidats du 2ème tour se sont engagés à soumettre à l’accord de Bruxelles et sa troïka, dans les prochaines semaines un plan de coupes d’une brutalité sans précédent. Tout le monde sait que la Sécurité sociale et les collectivités territoriales sont dans le collimateur. Tout le monde le sait et tout le monde comprend que le vote s’est dressé contre cela. C’est pourquoi personne n’en parle. Consensus, quand tu nous tiens…

M. Barroso n’a pas cette réticence. Au lendemain de l’élection, il a appelé « à ne pas céder », reconnaissant « que la crise économique a exacerbé des inégalités sociales », mais pour conclure: « la bonne réponse est d’introduire plus d’Europe ».

Plus d’Europe ? Cela veut dire le traité TSCG, et donc la dictature de la troïka qui pille et détruit tout. La dictature du consensus a déjà conduit ce pays au bord de la misère et de la déchéance avec plus de 11 millions de pauvres officiellement recensés, l’emploi qui ne cesse de plonger, et, pour la première fois, des indicateurs de « vieillissement en bonne santé » en recul.

Ce vote du 22 avril a valeur de mandat, celui de commencer à inverser le cours des choses, d’effectuer un pas sur la voie de la rupture. Le simple respect de la démocratie exigerait qu’il en soit tenu compte. En commençant par renoncer à la ratification du traité TSCG. Sera-ce le cas ?

Tags:

Catégories: EDITORIAUX INFORMATIONS OUVRIERES, POLITIQUE

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 33 followers