Les uns votent, les autres s’abstiennent…

UE ET VE CONTRE SU

L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.

« M’abstenir, ça n’a rien changé à mon quotidien » : c’est l’un des slogans de la campagne nationale contre l’abstention. La formule dessine un message en creux : voter va changer mon quotidien. Ce serait logique, en effet. Le suffrage universel est une conquête de la démocratie. Ce 22 avril, des millions de travailleurs et de jeunes iront voter, notamment pour François Hollande ou Jean-Luc Mélenchon, parce qu’ils veulent changer leur quotidien. Ils iront voter parce qu’ils veulent chasser Sarkozy et, avec lui, sa politique : sa contreréforme des retraites, ses milliards offerts aux patrons qui licencient, ses mesures de privatisation et de déréglementation, ses incitations au communautarisme qui veut dresser les travailleurs les uns contre les autres, et laisse la jeunesse à l’abandon.

C’est un fait, aussi : des millions d’autres vont s’abstenir, notamment parmi les jeunes et les habitants des quartiers ouvriers. Ceux-là ne sont pas convaincus. Ils voudraient bien changer leur quotidien, mais ils ont le sentiment que, quel que soit le président, le pouvoir de décision sera ailleurs : entre les mains de l’Union européenne qui agit au compte du capital financier. Ceux-là ont le sentiment que les mêmes émissaires de la Banque centrale européenne seront toujours là pour imposer les plans anti-ouvriers. Sentiment renforcé quand ils entendent Hollande annoncer que, sous réserve d’une annexe « renégociée », il pourrait se mettre d’accord avec Merkel sur le traité qui inscrit l’austérité dans la Constitution et que l’un des premiers débats au Parlement porterait sur l’adoption du programme de retour à l’équilibre des finances publiques.

Ceux-là se disent que des mesures aussi vitales que l’interdiction des licenciements et la création des centaines de milliers d’emplois nécessaires dans les services publics risquent de se heurter à l’engagement de Hollande de réduire de 100 milliards d’euros les déficits publics d’ici à 2017. Sans parler de l’annonce de nouvelles réformes des retraites et du financement de la Sécurité sociale qui ne présage rien de bon.

Bref, ceux-là craignent que le changement ne change rien et que, dans la continuité d’une soumission aux institutions de l’Union européenne, le prochain gouvernement ne fasse que suivre le précédent. Surtout qu’ils voient dans toute l’Europe des gouvernements dits de « gauche » obtempérer autant aux injonctions de Bruxelles que les gouvernements de droite.

Faut-il chercher ailleurs la racine de la crise de la démocratie politique qui rend le « débat présidentiel » plus insipide que jamais et nourrit l’abstention ?

Certes, ce ne sont là que des programmes. La vie sera amenée, sans doute, à suivre un autre cours. Il faudra bien que ces problèmes qui prennent à la gorge le peuple travailleur trouvent solution. Et si la solution ne passe pas par l’élection, ce sera sur un autre terrain. Un peu plus tôt, un peu plus tard, la lutte de classe unie des travailleurs et de leurs organisations se mobilisant pour leurs revendications débouchera sur des solutions que l’élection n’aura pas su dégager, prisonnière qu’elle est du carcan de la Ve République et de l’Union européenne.

Pour cette lutte de classe, rien n’est plus impérieux que de travailler à unir ceux qui votent et ceux qui s’abstiennent. Unir travailleurs et jeunes dans le combat pour la rupture avec le carcan de l’Union européenne, rupture dont le premier acte, celui qui peut libérer tous les autres, est : non à la ratification du traité de Bruxelles.

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Catégories : EDITORIAL

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