Extraits d’Informations ouvrières n°138 du 3 mars 2011
ÉGYPTE: “Le gouvernement de Shafiq est inféodé au régime corrompu. Nous ne voulons pas de Shafiq !”
Le Premier ministre, Ghannouchi, qui était en discussion avec l’Union européenne sur la reconduction de l’accord d’association, a dû démissionner face à la mobilisation des 500 000 manifestants rassemblés devant le siège du gouvernement.
Vendredi 25 février, à Suez, sept mille manifestants ont exigé la démission du Premier ministre, Ahmed Shafiq, ancien général d’aviation, nommé parMoubarak avant sa chute, et celle du gouverneur de la ville aux cris de « Révolution jusqu’à la victoire, révolution contre Shafiq ! » A Ismaïlia, plus de 10 000 personnes ont manifesté en clamant que la « révolution n’est pas terminée et n’a pas atteint tous ses objectifs ».
Ce même vendredi, au Caire, des dizaines de milliers de manifestants ont envahi la place Tahrir, dès la matinée. Ils réclament aussi l’éviction d’Ahmed Shafiq. Ils veulent aussi la démission des ministres de la Justice, de l’Intérieur et des Affaires étrangères, et de tous les gouverneurs nommés par Moubarak. Ils demandent également la dissolution du service de sécurité de l’Etat, la levée de l’état d’urgence et la libération immédiate de tous les détenus politiques. « Le gouvernement de Shafiqest inféodé au régime corrompu! », proclame une pancarte. « Nous ne voulons pas de Shafiq ! », crient les manifestants.
Dans la soirée, un millier d’entre eux se rassemblent devant le siège du gouvernement et scandent : « Nous ne partirons pas ! » et « Il dégagera ! ».
Ce mouvement de dizaines et de dizaines de milliers, qui réclament la démission du gouvernement formé par Moubarak au plus fort des manifestations demandant son départ, répond au maintien à leur poste des ministres de la Défense, de la Justice, de l’Intérieur et des Affaires étrangères nommés par Moubarak. Ce maintien des ministres clés a été décidé par le Conseil suprême des forces armées lors du remaniement gouvernemental qu’il a annoncé le 22 février.
Peu après minuit, la police militaire encercle la place Tahrir et disperse violemment deux cents manifestants encore présents, à coups de matraques et de pistolets immobilisants (Taser). Elle procède à de nombreuses arrestations. Un appel à de nouveaux rassemblements est lancé samedi contre les violences. Samedi 26, un millier de manifestants reviennent sur la place Tahrir et accusent l’armée de « trahir le peuple ». Certains entreprennent d’y camper. Les revendications sont claires : « Démission du gouvernement d’Ahmed Shafiq ! Libération immédiate des prisonniers politiques ! » Les manifestants ont promis d’organiser tous les vendredis leur marche jusqu’à la satisfaction de leurs revendications.
La colère contre les crimes de corruption généralisée et la volonté de mettre le régime à bas ne faiblissent pas.
Dimanche 27 février, des villageois de Haute Egypte, qui accusent le gouvernement de laxisme face à la vente au marché noir de farine subventionnée par l’Etat, bloquent l’autoroute Assiout-Le Caire pendant cinq heures. Ils y dressent un barrage de pneus, auxquels ils mettent le feu. Dans un autre village de la province d’Assiout, les manifestants qui demandent une enquête sur la corruption gouvernementale incendient trois bâtiments gouvernementaux. Dans cette même province, des manifestants mettent le feu au siège du PND, le parti de Moubarak.
A Assiout, des centaines de fonctionnaires se mettent en grève pour l’amélioration de leurs conditions de vie et contre les prébendes distribuées aux responsables à différents niveaux.
Le conseil des militaires est encore confronté à de nombreuses grèves pour les salaires, les conditions de travail, et contre la corruption.
Samy Hayon
Grève des enseignants égyptiens le 6 mars 2011 dans toutes les écoles !
(La Voix des enseignants d’Egypte, 27 février 2011, 21 h 17)
Le Caire, le 25 février 2011 : des millier La Fédération égyptienne des enseignants a annoncé que le dimanche 6 mars sera un jour de grève générale de tous les enseignants dans toutes les écoles d’Egypte.
Revendication générale : un gouvernement de transition pour une année.
Revendications des enseignants :
1. Promulgation d’une nouvelle loi pour les syndicats d’enseignants en rendant l’adhésion facultative.
Elections à un seul niveau portant sur le choix du président et des sous-comités, de sorte que l’ensemble des enseignants constitue la même assemblée générale.
Refus de l’invitation du l’Union générale parue dans le journal Al Ahram daté du 23 février 2011, car c’est un appel à reproduire la corruption et les corrompus au sein du syndicat.
2. Dissolution de tous les conseils et sous-conseils de l’Union générale et formation d’un conseil constitué des enseignants permettant d’assurer les travaux du syndicat en attendant la tenue d’élections sur la base d’une nouvelle loi.
3. Epurer tous les comités et sous-comités de tous ceux qui ont symbolisé la corruption, pillé et dilapidé les fonds des enseignants, et les poursuivre en justice dans des procès équitables.
4. Un juste salaire pour les enseignants avec un minimum de 1 200 livres (150 euros) en début de carrière avec interdiction des groupes scolaires et des cours privés.
5. Titulariser les enseignants vacataires et contractuels. Améliorer les conditions des enseignants des écoles privées, en termes de salaires, de prestations sociales et de santé, ainsi qu’au plan de leur droit d’adhérer au syndicat des enseignants ou de créer leurs propres syndicats.
6. Améliorer les conditions de travail des enseignants en termes de densité de locaux, d’ateliers, de bâtiments scolaires, ainsi que des programmes qui permettent de suivre les progrès et de respecter la liberté et la dignité humaine sans discrimination.
7. Lever la mainmise des services de sécurité sur les établissements scolaires en Egypte et abandon de la mentalité sécuritaire dans la gestion des enseignants dans les écoles.’ a dû démissionner face à la mobilisation des 500 000 manifestants rassemblés devant le siège du gouvernement.